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  • Florent Vandepitte

Les gilets jaunes révolte ou révolution ?

Dernière mise à jour : 22 août 2020


« Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies », a déclaré Emmanuel Macron lors de son allocution du 10 décembre 2018, avant d’annoncer quelques mois plus tard « un acte II du quinquennat ». Or, une révolution désigne littéralement un retour sur soi, du latin revolvere, « rouler en arrière ». La révolution semble donc se caractériser à travers ses effets, produisant un changement brutal de la vie politique et sociale. Si l’on en croit cette définition, le mouvement des gilets jaunes pourrait ainsi correspondre à une révolution.


Sur le dos d'un gilet jaune lillois, en janvier 2019


Les manifestants eux-mêmes ont multiplié les références aux épisodes révolutionnaires que la France a connus pour justifier la violence, gagner en légitimité ou encore mettre en évidence la possibilité de renverser un pouvoir en place. Défilant avec des bonnets phrygiens, décapitant symboliquement le président de la République sur les ronds-points avec des guillotines en carton, les gilets jaunes ont également tenté de récupérer l’héritage de la Commune de Paris lorsqu’ils ont défilé devant le mur des fédérés.


Témoignant d’une volonté de renouveler en profondeur l’exercice du pouvoir politique, les gilets jaunes ont ainsi refusé toute tentative de structuration globale du mouvement, en même temps qu’ils tentaient de faire émerger de nouvelles manières d’exercer le pouvoir à travers des conventions citoyennes notamment. Une partie de ces initiatives a d’ailleurs débouché sur le Grand débat, manière inédite d’interroger les Français, ou encore sur la Convention citoyenne pour le climat fondé sur l’expertise de Français tirés au sort.


Pour autant, j’entends d’ici votre scepticisme face au caractère supposément révolutionnaire du mouvement social des gilets jaunes. En dépit de ces quelques initiatives, la crise sociale n’a pas permis d’aboutir à un changement de régime ou à une modification en profondeur de la manière d’exercer le pouvoir. Cela n’empêche pas de considérer les gilets jaunes comme des révolutionnaires mais complique en revanche la désignation du mouvement par le terme de révolution puisqu’en dépit des déclarations initiales, le pouvoir en place semble finalement avoir repris le cours normal de sa vie.



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